Portraits de jardiniers

Ceux qui font le Passe-Temps

Adélaïde Fiche

Paysagiste et artiste

Architecte à l'origine, Adélaïde Fiche a choisi de s'engager sur la transformation collective et poétique de notre cadre de vie. En 2016, elle a créé son atelier : Folk Paysages. Elle imagine avec les territoires qui la sollicitent des lieux où le végétal nous raconte des histoires, nous interroge et nous apprend.

A Le Rheu, dans le cadre du projet urbain de La Trémelière, Adélaïde Fiche est en résidence pour faire naître le Jardin du Passe-Temps avec une myriade de partenaires et de jardiniers qui tous apportent un bout de l'histoire et contribuent à façonner ce lieu où la poésie rencontre les sciences météorologiques.

IMG_3079.JPEG
 

Marc Sablé & Benoit Dutertre

Entretien avec les jardiniers du service technique de la Ville

marc-dutertre.jpg

© Adélaïde Fiche, atelier tressage de saules, février 2022

« C’est un projet original, un jardin onirique qui nous a poussé à penser plus loin ce grand paysage. Réfléchir et voir d’un œil ouvert, pas seulement technique. Aujourd’hui, les visiteurs doivent ressentir ce lieu, s’ils ne voient pas le long travail… au fur et à mesure ils vont se l’approprier et voir naître l’idée de départ ! Jardiner, aménager c’est du long terme ! »

Comment s’est déroulé le projet du côté des services techniques de la Ville de Le Rheu ?

Nous sommes arrivés très en amont du projet, dès début 2019. Nous avons questionné la façon d’investir ces 5 hectares avec le jardin onirique d’Adélaïde Fiche (lien vers son article). L’intégrer dans un projet de grand paysage, avec le vent, et que le projet s’agrandisse, prenne une autre ampleur. Il y avait une volonté politique d’aller plus loin, de reverdir et de redonner du paysage dans une zone classée humide, car ici il ne restait que le chêne. On se sert de ce grand paysage pour remembrer, donner des virages au Lindon, pour inonder et freiner l’eau qui arrive en ville.

Côté pratique, nous fournissons des connaissances, des équipes, du matériel, un réseau…

Sur quoi les équipes sont-elles intervenues, sur quels champs ?

Pour la première tranche d’aménagement, sur 2019/2020 ; nous avons d’abord œuvré autour du chêne central, en travaillant le terrain. Le terrassement a eu lieu en période sèche car c’est une zone humide. Nous sommes toujours intervenus en suivant le plan d’Adélaïde, il nous guidait. Est donc venu ensuite la pose de passerelles, pour passer sur les zones humides, les premiers saules tressés, la mise en place des poteaux, des manches à aire, des girouettes.

En parallèle, nous avons travaillé avec Éric Lamy, le pépiniériste, pour la fourniture des plants pour les haies bocagères.

Pour la seconde tranche, en 2021, nous avons donné du volume en réalisant des merlons de terre, les buttes. Nous avons aussi pensé au côté esthétique et pratique pour les habitants. L’été dernier, nous avons semé du gazon fleuris, qui va resurgir chaque été, et on a réalisé des bancs bruts avec des souches. Enfin, avec Jessie de Territoires nous avons mis en place l’éco-pâturage avec Matthieu Pires de la ferme de Milgoulle. Toute l’année, une variance est prévue (une rotation des bêtes suivant les saisons) entre les vaches bretonnes, les chèvres et les moutons.

Qu’avez-vous le plus aimé dans ce projet ? Votre vision du grand paysage ?

S’approprier le terrain, lui donner un mouvement en se projetant sur le temps long, c’est passionnant. C’est autre chose, un pas de côté, un endroit plus sauvage, et il le sera encore plus quand le végétal va prendre le dessus, il faut compter une dizaine d’années pour qu’il atteigne sa maturité, et le dessin tel qu’il a été imaginé !  Après la création, vient l’entretien, le fonctionnement, le quotidien et ça c’est du plaisir aussi même s’il faut du temps et de l’investissement. C’est vraiment intéressant, même si le contexte sanitaire complique les choses ! J’aime aussi l’idée d’incorporer un parc imaginaire que les enfants s’approprient… et c’est déjà le cas, le mercredi beaucoup de parents viennent ici.Le Rheu c’est aussi la cité-jardin, une longue histoire de paysage, poursuivie avec ce projet. Nous allons être visité pour la 31ème année consécutive pour conserver la 4ème fleur du label Villes et Villages Fleuris… on va y ajouter ce projet.  

Rédaction : Nathalie Jouan

Joanna, Louis-Marie et Armand

Entretien avec l'association Le Rheu Jardinier

Le Rheu Jardinier a pour buts de favoriser l’accès à un potager aux habitants du Rheu, de promouvoir la culture du jardin sans produits chimiques et de créer des liens sociaux par l’entraide et l’échange de savoirs entre jardiniers amateurs, tout en coopérant avec la Ville. 

Rencontre amicale et fraternelle avec :

  • Joanna, membre du conseil d'administration de l'association et jeune passionnée

  • Louis-Marie : président de l'association

  • Armand : jardinier passionné à la retraite et membre de la commission d'attribution des parcelles

PhotoTrio4-retouch_edited.jpg

© Nathalie Jouan, interview du lundi 11 avril 2022

« Les jardins familiaux, jardins collectifs, la forêt nourricière, le grand paysage tout cela va dans le même sens, du vert au cœur de la ville, des espaces de rencontres et de partage… Ce ne sont que des bonnes idées à faire pousser !  »

Une association de partage, une histoire de passion.

Avec une centaine d’adhérents, la dynamique association Le Rheu Jardinier ne faiblit pas. Elle a même une section apiculture qui rencontre un grand succès et une grainothèque. Elle rassemble depuis 2008, des jeunes, des travailleurs, des retraités… autour des jardins familiaux de La Cranais, et désormais de jardins familiaux et partagés à La Trémelière ! « Pour nous c’est important de favoriser la pratique du jardinage, de faire ensemble, de partager avec ses voisins ou entre passionnés… pour la culture de légumes et de fleurs. Nous travaillons également avec le centre de loisirs (une parcelle lui est dédié). Ici, deux générations se côtoient avec des pratiques de jardinage différentes, certains ont appris les techniques anciennes avec leurs parents, d’autres se forment, ou s’auto-forment avec des livres et vidéos ; et d’autres encore vont vers la permaculture. » Un règlement intérieur stipule les plantes interdites, la hauteur à respecter, la mise en culture des trois quarts de sa parcelle à minima, etc. 

Le Grand Paysage, un lieu de promenade et de rencontre.

Tous les trois parlent d’un rapport à la terre et aux végétaux qui s’est perdu. Mais avec un nouvel engouement… La Trémelière, ses jardins, sa forêt nourricière et son grand paysage en atteste. « Nous sommes contents d’avoir pu participer à ce nouveau projet atypique et structurant pour la ville, avec les services techniques et Adélaïde Fiche.» 

Au nord-est, sur l’ilot jardin 1, la réalisation du projet « Grand Paysage » continue avec le Jardin onirique Le Passe Temps (lien vers l’article) ! Imaginé avec la complicité des habitants en avril & mai dernier et mis en œuvre par la paysagiste Adelaïde Fiche, le projet intègre la renaturation et la création d’espaces variés pour les Rheusois.es (promenade, espace ludique, jardinage, cueillette, éco-pâturage, etc…).

 Un petit groupe de Le Rheu Jardinier a participé pour définir le projet avec Adélaïde… de la conception jusqu’à l’aménagement. Le jardin est près de la forêt nourricière, derrière les jardins familiaux. « Le jardin pour le grand public, c’est presque une curiosité, s’enthousiasme Louis. Beaucoup viennent se promener, ou discuter, avec leurs enfants. C’est un véritable lieu de rencontre ! »

La Trémelière, des arbres fruitiers pour la biodiversité.

Le rendez-vous a été donné le 26 février pour planter les arbres et arbustes de la forêt nourricière. L’occasion d’apprendre de nouvelles techniques au grand air, pour les petits et les plus grands. « Ainsi par une belle après-midi, nous étions plus de 40, quelques jardiniers et adhérents, mais surtout beaucoup d’enfants. Un beau moment de partage pour planter 90 végétaux, le soleil était là et la bonne humeur aussi ! Nous avons préparé les plantations et encadré les gens, avec les services techniques et le matériel de l’association. »  

Rédaction : Nathalie Jouan